Le mot
Un gentleman c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue
pas.
Pierre Desproges
La BULLE BLEUE
Libre Aventure
Bidonnante, Ubuesque, Lecture Légère, Entraînante
Blablater Les Enjeux Utiles, Etonner
Un gentleman c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue
pas.
Pierre Desproges
Le rideau n’est pas levé que déjà les cinq comédiens pointent leur nez. Assis sur le bord de la scène, le claquement de leurs mains se calque sur des
rythmes africains. Préambule à un spectacle vivant, plein d’émotions brutes, un mythe grec à la sauce africaine contemporaine, souvent profond, jamais moralisateur.
Immergé dans les réalités congolaises d’aujourd’hui, Lorent Wanson revient au Poche avec un spectacle ambitieux et fort. Fruit de rencontres, de témoignages de comédiens, danseurs, prostituées, anonymes, Africare revisite le mythe d’Icare à travers les défis africains d’aujourd’hui. Quatre gros cylindres de fer, un patchwork de tissus blancs pour toile de fond, un projecteur vidéo composent le seul décor d’une scène épurée, toute en sobriété. Les musiques et danses africaines, servis par cinq comédiens au rythme de feu, placent immédiatement le spectateur en immersion dans cet univers percutant. Violence, pouvoir, corruption, guerre, viol, maladie, prostitution mais aussi amour, art, courage, espoir.
Une mise en scène très habile met en perspective les cinq comédiens et des témoignages vidéo sur différents supports : la toile de fond, des petits écrans placé au milieu de la scène, des
tissus portés par les comédiens. L’image projetée sur eux, ils sont tels des griots, des passeurs d’histoires dont le corps devient un support de la parole de l’autre. Leurs récits personnels se
mêlent à ces témoignages vidéo, ils entrent en interaction, se répondent, s’interpellent. Bribes d’images, témoins de la barbarie ordinaire en temps de guerre. Un corps amputé et calciné est
traîné le long d’une route. Ce corps est bel et bien un corps. Une réalité qui dépasse l’image. Les victimes d’une guerre ou du Sida ne sont pas des chiffres annoncés entre deux informations d’un
journal télévisé mais des êtres humains avec une trajectoire, une famille et des rêves.
Icare dans tout ça
Un petit garçon annonce sur la toile de fond les étapes du mythe comme le pouvoir, le labyrinthe, l’insouciance. Les comédiens placent des masques africains sur leurs visages. Pas de deux entre
Grèce antique et Afrique, mythe et réalités. Les témoignages sont crus, bruts, difficiles à admettre. Et malgré toute cette tragédie pointe toujours une lueur d’espoir. Comme pour ces femmes
violées, meurtries au plus profond. Elles donnent naissance à un enfant dans toutes les douleurs possibles. Et finalement la maternité l’emporte et l’amour refait surface, dépassant ainsi la
souffrance. Un homme retrace son chemin, une éducation privilégiée puis à dix ans la rupture. Il s’engage dans l’armée puis déserte au bout de deux semaines pour atterrir dans la rue, sans
perspectives. Suivant une formation, il devient artiste et envisage l’avenir avec une nouvelle perspective.
Les comédiens sont flamboyants, la danse comme exutoire, leur chant est tant une complainte qu’un cri d’espoir. Les corps se tordent, rampent, sautent, ils incarnent la douleur et l’énergie qui
les habitent. Cette interprétation très viscérale ne peut laisser le spectateur indifférent, on vibre au rythme de ces récits, de ce mythe bien ancré dans la réalité. Africare reste
déroutante tant sur le fond que dans sa forme. Et si Icare se brûle les ailes en voyant se rapprocher le soleil, la pièce elle, s’envole vers des cimes de justesse et d’émotion.
Photo: Droits réservés
Une feuille tombe, et c'est l'été qui vacille,
Mordorée ou auréolée, s'annonce la
rousseur.
La châleur s'effaçe, cède sa place à plus de douceur,
Entre deux saisons, la Terre oscille.
Des arbres s'essoufflent et font leur mue
Août s'achève,
leurs feuilles aussi,
Fin de cycle, la nature frémit.
Chlorophyle, bavarde hier, s'est tu...
L'eau tonne doucement, signes précuseurs
La vie entre sereinement
dans sa torpeur
Elle retient son souffle
Pour mieux franchir l'hiver
Se fait petite, se camoufle,
Retour à l'ordinaire.
On saute du wagon, un doux parfum de vacance réchauffe le coeur. Pas de correspondance. Tant pis, prendre son mal en patience. Direction buffet de
la gare et prendre le temps, à 2 euros 40 le café. A Paris, instinct de surivie oblige, ne jamais oublier de demander un verre d'eau pour aggrémenter son petit noir. Ce sera le seul cadeau
qu'on vous fera ici. La générosité et l'accueil, même au pays des droits de l'homme, ont leur limite.
Presque deux heures à tuer d'un ou deux café dans l'buffet. Pour sûr c'est du brutal. Et pourtant, un orléanais amené avec la dernière pluie, paye sa seiche. Il est de retour dans la capitale. Sa
générosité, elle, ne capitule pas. Pas qu'j'raffole des marlbacks. Mais bon, une telle démonstration d'altruisme ne se décline pas. On friserait avec l'émotion... Entre provinciaux, se serrer les
coudes. Digression sur les aptitudes plaintives du citoyen lambda français. En bon occidental, on cherche toujours la petite bête, on n'est jamais trop aidé.
Parenthèse. Ellipse pour un quart d'heure américain. Une amie d'l'Iowa, attirée par les sirènes d'Europe, se joint à la douloureuse. Reçue à la française par un couple de jeunes riches et
racistes. Besoin d'une au pair, main d'oeuvre bon marché et flexible. Pain béni. Heureusement notre système éducatif fait contre-poids, la Sorbonne se profile devant elle. Souhaitons lui bonne
fortune. Coup d'oeil sur la trotteuse de ma gousset, six minutes avant le décollage. Rush tranquille vers le train. Adopter le train de vie parisien n'a jamais été mon fort. Alors côté
rythme autant y aller mollo. D'ailleurs j'ai bien fait, la SNCF veille au grain, dix minutes de retard. Retournez le logo tgv, vous verrez apparaître un escargot. Lucidité ou
étourderie?
Une bonne surprise peut en cacher une autre. On aurait plutôt tendance à croire que personne ne va vers Tours. Mauvaise pioche, pas mal de quidams jouent des coudes. Le train est bondé, une place
pour trois environ, ça rapproche. Voyager debout, rien de tel pour la circulation, sanguine. La jouvence de l'abbé Soury à côté c'est de la gnognotte pour batraciens d'bénitiers et autres
amateurs de rallys. Douce France, cher pays de mon enfance, bercé de tendre impatience... Dans deux heures rebelotte, on sautera une seconde fois du wagon. Les pigeons auront l'air plus
urbain à la campagne. Les fleurs exhaleront ce parfum inénarrable d'enfance sauvage. De retour chez soi, enfin le temps des vacances. Juste une bulle d'oxygène espérons méritée. Doux train de
vie.
Ou le féminin à la hauteur du masculin, au moins. En grammaire comme dans la vie. C’est le souhait de Patricia Niedzwiecki, auteure et réalisatrice qui sort une version actualisée d’ Au féminin ! Code de Féminisation. Tout commence en 1986 avec la Commission de Terminologie crée par Yvette Roudy et présidée par Benoîte Groult. Effectuant sa thèse sur « La différenciation sexuelle et les comportements verbaux et non verbaux féminins et masculins », la chercheuse est conviée à se joindre à la réflexion. Pour le 20e anniversaire de cette Commission paraît un supplément au livre, présenté lors d’un colloque au Parlement européen.
La première édition du livre sort en 1994. « C’est un ouvrage de référence, fait pour rester », décrit son auteure. « Il prône la féminisation du langage car les
hommes, qui définissent souvent le langage, le masculinisent sans se poser de question. Dans toutes les langues on retrouve la
règle : « le masculin l’emporte sur le féminin ». Or, elle n’est pas valable », ajoute-t-elle.
En juin 1993, le Conseil de la Communauté française de Belgique vote un décret et depuis janvier 1994, les règles de féminisation s’appliquent aux noms de métier, fonction, grade ou titre
lorsqu’ils désignent une femme. Cette réforme signe un changement de société. Mais les habitudes ont la dent dure. Et en plus de cela, certaines féminisations, de métier notamment, donnent lieu à
des expressions franchement ubuesques. Ainsi, la femme qui travaille dans un café serait appelée cafetière. Pas forcément très flatteur quand on veut occulter l’idée de femme objet. Selon
Patricia Niedzwiecki, « Tant que l’on n’atteint pas 33 à 35% de femmes dans une profession, le terme a du mal à se féminiser ».
L’auteur défend l’idée que la langue doit être précurseur mais aussi reflet de l’évolution de la société. Dans son livre, elle écrit : « La langue est vivante, elle est capable
d’inclure les nouvelles réalités sociales, de combler les lacunes, de clarifier l’usage en éliminant l’aliénation langagière des femmes ». La masculinité du langage appauvrit sa diversité et
son usage. « La plupart des grands écrivains féminisent beaucoup leur langage, Malherbe ou Voltaire. On n’écrit pas bien sans féminisation de la langue ».
Malgré tout la femme reste « positive et optimiste, même si c’est un travail de longue haleine de changement des mentalités qui reste difficile surtout aux plus haut
niveaux du pouvoir ». Et de conclure le colloque sur ce conseil avisé pour les femmes de l’assistance : « Le pouvoir est entre nos mains mesdames ». La femme est
l’avenir de l’homme, disait le poète…
Les bûchers reprennent du service. Pour le plus grand intérêt des scientifiques. Si vous êtes adeptes du manche à balai pour vous promener, attention à vous, la chasse aux sorcières fait encore des émules dans plusieurs pays. Ainsi une équipe, très sérieuse, d’éminents scientifiques, se réunit de jeudi à samedi à Vardoe dans le Grand Nord norvégien. Un haut lieu de la chasse aux sorcières au 17e siècle. Ils échangeront sur la sorcellerie et la perception qu’on en a dans les sociétés anciennes et contemporaines.
Car «Si les sorcières ou les personnes présumées telles ne sont plus persécutées en Occident, elles le sont encore couramment en Afrique, au Mexique, en Inde, en Indonésie et en Malaisie», explique l’historien Rune Blix Hagen, un des organisateurs de la conférence. Selon lui, on a brûlé ces 50 dernières années plus de sorcières dans ces pays qu’en Europe aux 16e et 17e siècles.
Petit voyage dans le temps. Triste sort que celui de ces femmes censées en jeter pour le malheur de leurs contemporains. L’Europe a connu deux grosses vagues de chasse à ce gibier particulier. De 1480 à 1520 et de 1560 à 1650, les tribunaux de l’Inquisition et ceux de la Réforme envoient environ 50 000 femmes au bûcher. Au-delà de ces procès, certaines pratiques de l’époque pour démasquer les sorcières font froid dans le dos. Un test répandu: attacher les mains et les pieds de la suspecte puis la jeter à l’eau. La sorcière, supposée plus légère que l’eau, flotte. Repêchée, on la sèche avant de la brûler vive. Si par malheur la femme se noie, elle n’est pas une sorcière mais meurt quand même, innocente.
Hier comme aujourd’hui, la figure de la sorcière déchaîne les passions. Souvent bouc émissaires, elles jouent un rôle de régulateur social dans la société. On les pointe du doigt
comme responsable des maux qui touchent la communauté: maladie, famine, accidents.
En marge de ces condamnations qui perdurent, la sorcellerie rime aussi avec magie. Effets combinés du petit sorcier à lunettes et de séries télé. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne
et au Canada, on trouve de plus en plus d’adeptes de la Wicca. Sorte de philosophie néo-païenne qui puise ses croyances dans le chamanisme, le druidisme, elle prône un retour au culte de la
Nature et vénère l’esprit de la Terre. Leur seule règle: «Fais ce qu’il te plaît tant que cela ne nuit à personne». Chaleureuses ces sorcières finalement...
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Le cri