Le mot
Un gentleman c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue
pas.
Pierre Desproges
La BULLE BLEUE
Libre Aventure
Bidonnante, Ubuesque, Lecture Légère, Entraînante
Blablater Les Enjeux Utiles, Etonner
Un gentleman c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue
pas.
Pierre Desproges
Brève de comptoir au bar Ravenstein : « atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère » grogne Patrick, cuistot en quête de repos et de carburant pour son deuxième service. Pour résumer l’esprit du lieu, on peut reprendre la phrase d’un autre habitué « Pas grand-chose la galerie [...] tous les jours les mêmes personnes […] mais j’préfère me faire chier ici qu’ailleurs ».
Il était une fois dans l’Ouest aux portes de la Gare centrale de Bruxelles. On est frappé d’emblée quand on pénètre dans la galerie Ravenstein : l’impression d’être dans un western spaghetti de Sergio Leone, une sorte de grande allée inanimée, qui aurait retenu son souffle dans l’attente d’un duel au soleil. La froideur du marbre noir et blanc au sol ajoute à l’impression générale de vide, pas âme qui vive au premier coup d’œil.
Puis on rentre dans le « saloon » où on espère retrouver cette ambiance si particulière, un piano mécanique, des danseuses, du whisky et des joueurs de poker fumant le cigare. Rien de tout cela, le bar Ravenstein, qui se situe au début de la galerie, évoque ces odeurs d’eau de Cologne bon marché, une sensation d’être dans un lieu où l’on atterrit plus qu’on ne passe, une sorte d’impasse. Il y a là un petit groupe de trois hommes debout face au zinc, étanchant chacun leur soif à coup de demi de Jupiler, deux autres assis et buvant leur mousse respective et puis deux petites femmes qui tiennent l’endroit.
Une des deux serveuses lit un magazine people et fait part de ses commentaires à l’assemblée : « Justin Timberlake, il est vraiment trop beau », ce à quoi on lui répond « Oh il doit être un peu pédé lui », elle ne perd pas le nord et enchaîne sur la rubrique « Elles sont moins bien en vrai », elle évoque Anna Kournikova qui est « vraiment pas terrible au naturel ».
Patrick, l’âme du bistrot, nous évoque le passé avec un brin de nostalgie : « La galerie Ravenstein est morte, fallait venir dans les années 75, y’avait que des bistrots, y’avait un dancing, des restaurants. Le soir quand un patron fermait son bistrot, il venait avec nous et on allait dans un autre continuer la soirée ». Il nous dit qu’une société néerlandaise veut faire de l’endroit une sorte de galerie Louise. Il y a pourtant un contraste entre cette quête de raffinement et ces joyeux drilles qui entonnent la chanson de Fernandel « Félicie aussi » puis après « Comme d’habitude » de Claude François.
L’odeur de bière est assez prégnante, elle se mêle à celle d’un produit de nettoyage. La lumière, fortement tamisée, donne une ambiance sombre. Il y a des tableaux chinois aux murs, reliquat d’un restaurant asiatique qui n’est plus. Bar en fausse ronce de noyer, banquettes en velours multicolore, musique dance un peu surannée, grand miroir dans l’angle de la pièce, rideaux en dentelle constituent la décoration.
« Bamako », film du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, sort le 18 octobre 2006. Seul film africain sélectionné hors compétition au dernier festival de Cannes, le septième long-métrage du réalisateur veut rendre la parole au peuple africain qui souffre des politiques d’austérité des institutions financières mondiales (FMI et Banque Mondiale).
Il met en scène un tribunal de fortune organisé par la société civile africaine au sein d’une cour d’habitation populaire de Bamako, la capitale malienne. Les fautifs incriminés sont de taille : rien de moins que le FMI et la Banque mondiale réunis, responsables de la paupérisation de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. L’importance de la dette, dont le remboursement absorbe 40 % du budget du Kenya ou de la Zambie revient de manière récurrente. Sissako, à travers les témoignages d’anonymes qui souffrent au jour le jour, cherche à dénoncer les politiques menées par ces institutions. Le film tente cependant d’éviter tout manichéisme, il montre aussi la réalité de la corruption dans les pays africains.
Il veut faire entendre la voix d’un peuple qui ne dispose pas d’un espace de parole important. A titre d’exemple le cinéma africain produit une dizaine de longs-métrages par an contre 240 en France pour l’année 2005. Ce film en particulier, a pu voir le jour grâce au soutien du Centre National de la Cinématographie (CNC), au Fonds Sud Cinéma, à Arte et la société Louverture de l’acteur-producteur américain Danny Glover.
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