Le mot
Un gentleman c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue
pas.
Pierre Desproges
La BULLE BLEUE
Libre Aventure
Bidonnante, Ubuesque, Lecture Légère, Entraînante
Blablater Les Enjeux Utiles, Etonner
Un gentleman c'est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse et qui n'en joue
pas.
Pierre Desproges
Le taux de réussite au baccalauréat est proportionnel à l’intérêt du tournoi de Roland-Garros ». Combien de fois n’avez-vous pas essayé, non sans une once de mauvaise foi, d’argumenter des affirmations péremptoires grâce à des explications tordues ? On peut désormais, sur la toile, trouver des articles scientifiques qui étayent toute sorte de théories plus absurdes et ubuesques les unes que les autres.
« Avec un certain ton, on peut transformer une information douteuse en vérité scientifique », résume Jean Noël Lafargue, concepteur du site Scientists of America. Comment ? Un peu de sérieux avec de longues équations, un peu de sensationnel avec des titres chocs et des raccourcis logiques malhonnêtes. L’homme s’inspire des publications de vulgarisation scientifique et du traitement des sciences par la presse généraliste. Administrateur de Wikipédia et maître de conférence à Paris 8, il a toujours aimé raconter des cracks à ses amis en commençant sa démonstration par « Savez-vous que des scientifiques américains ont calculé que… ». Alors pourquoi ne pas en faire un site ?
Pour 10 euros l’article, l’internaute s’offre « sa vérité scientifique ». Il verra ainsi rédigée sa théorie fumeuse sur le lien entre les yeux bleus et l’amour des films allemands.
Ecrite par Lien Shu Shi, diplômé de l’Université de Beijing city, USA… Jean Noël Lafargue cherche à pousser les logiques contemporaines comme la communication et le commerce dans leur
retranchements. A travers son expérience Wikipédia, il en a pas mal découvert sur la malléabilité de la vérité. Sa démarche, il la définit entre l’artistique et le récréatif. Il s’amuse à
décortiquer le monde, jouer avec les médias et traiter de manière sérieuse quelque chose d’absurde. Un peu à la manière d’un Gustave Flaubert avec son Dictionnaire des idées reçues. A
lire ce brillant article de Ruth Abigail Smith au titre évocateur : « Chaque français pourrait écoper de 30.000 ans de prison et un demi-milliard d’euros d’amende ».
La photo légende prédit que la tristement célèbre arrogance française pourrait en prendre un coup. Pour agrémenter le tout, le site est saupoudré de pubs assez curieuses. Intégrez une école de
toiletteur animalier, augmentez votre performance en améliorant son VO2 max grâce à une molécule récemment découverte. On ne sait plus où commence la réalité et où s’arrête l’imaginaire. Ah le
légendaire humour scientifique !
Cet article s’autodétruira dans 24h. Et son contenu dans 48. On connaît la location de DVD par internet. Les renvoyer après consommation. Pour la musique il y a ces plate-formes où l’on achète des morceaux éclatés d’album. MusicMatic fait mieux que cela et rappelle Mission Impossible à notre bon souvenir. Avec playthelist.com, la PME bruxelloise crée le premier site Internet de location musicale pour 48h. Un concept inédit en Europe.
D’abord spécialisé dans la fourniture de musique pour des entreprises, grande distribution en particulier, MusicMatic, s’est lancé dans
ce projet il y a un an et demi. Négociations serrées avec les majors du disque pour les droits d’utilisation. Grâce à cela, elle dispose maintenant d’un large catalogue musical. Le cheminement de
sa réflexion part de la difficulté contemporaine d’organiser sa musique. Trop de morceaux. Téléchargés un à un. On ne sait plus choisir ou trier. Playthelist propose des choix ciblés sur un
espace court, deux heures de musique et plus d’une vingtaine de titres par playlist. Asian Music, Diner Jazzy, Piano Bar, Fitness, Reggae
Night… Des compilations pour tous les goûts et pour chaque moment de vie. « Proposer la bonne musique, au bon moment, avec un minimum de contraintes », explique
Alexandre Saboundjian, fondateur de MusicMatic. Peu de contraintes par l’attractivité du prix, de 2.99 à 4.99 euros pour 20 à 25 morceaux. L’accent a aussi été mis sur la maniabilité du service
pour s’adresser à tous. Y compris ceux qui associent un format MP3 à la taille d’une photocopie. Explications.
Maniable et plutôt bon marché
Aller sur le site. Créer son compte client, acheter des crédits, à partir de 5 euros. Puis choisir la ou les compilations qui vous plaisent. Rien de plus simple. Elles sont rangées par
thème : années, style musical, soirées, sport, cocktail, best of… Que l’embarras du choix. Ecoutez une bribe de chaque titre pour affiner vos envies. Vous avez un lecteur Windows Media
Player mis à jour, il ne vous suffit plus qu’à télécharger le PTL Download Manager. Il permet de télécharger plus de 20 titres en un clic. Une fois
passées ces petites étapes de plaine, une icône apparaît sur le bureau de votre ordinateur. Vous pouvez désormais adoucir vos mœurs. Playthelist utilise la technologie DRM de Microsoft ce qui
permet une meilleure interopérabilité entre les lecteurs. Votre gsm ou votre lecteur MP3 répondent à la norme Playforsure ? Ils accueillent pour 48h ou 7 jours, au choix, la musique
téléchargée. Passé ce délai, les fichiers s’autodétruisent et sont inutilisables. Le système ne fonctionne pas pour l’instant avec les lecteurs i-Pod.
Bientôt des playlists préparées et signées par des DJ connus et des personnalités connues vont voir le jour. A terme, il sera possible pour l’utilisateur d’acheter la
musique pour pouvoir la conserver. Il pourra aussi composer ses propres compilations si certains morceaux d’une liste ne lui conviennent pas. D’ici là finissez vite ce papier avant qu’il ne
disparaisse.
photo: MusicMatic
Le bolon résonne à l’angle de la rue des fripiers et de la rue du marché aux herbes. Le bolon ? Un instrument traditionnel de Guinée
Conakry. Sorte de basse africaine à trois ou quatre cordes composée d'une caisse de résonance en calebasse recouverte d'une peau d'antilope ou de chèvre, sur laquelle repose un chevalet. Son manche est en bois, les
cordes en boyau. Coca Camara Mangue régale les badauds pourtant plus affairés par le shopping du samedi que par la 23e édition de la fête de la musique. « La fête de la
musique c’est génial, ça permet de jouer librement et de rencontrer les gens dans la rue. On peut communiquer avec tout le monde. Je donne des concerts rémunérés avec la jeunesse musicale de
Liège, de Tournai aussi, mais des jours comme aujourd’hui c’est mieux ». Gâté Coca, un homme qui l’écoute depuis un moment part lui acheter un Sprite. « J’aurais aimé que ma
fille soit là pour écouter ta musique, elle est belle, va droit au cœur ». Coca joue devant le magasin Stress, mais de tension il n’y a pas. Ses chants traditionnels guinéens
se mélangent à des créations personnelles. « Cette chanson raconte qu’ici il n’y a pas de fille qui attache le pagne, tout le monde porte un pantalon ». Mais oui, que font les
passants ? Cachez vite ce pantalon que l’on ne saurait voir.
Petit saut de puce vers la programmation « royale ». Bientôt 17h, le show va commencer Place des Palais. Du lourd en guise de mise en bouche. Rien de moins que le double primé des
Octaves de la musique 2007. Sharko entame son marathon musical : milieu d’après midi Place des Palais et tête d’affiche le soir à Liège. Groupe pop-rock et album de l’année, les
belges embrasent la scène du Palais. Le public, plusieurs milliers de quidams, est ravi. Un homme dans la foule lâche « Sharko président », il est vite repris par un
autre : « rue de la Loi ça suffira ». La musique électrique du groupe belge réchauffe ce public éclectique. Après une bonne heure de plaisir, cap sur Nouvelle vague et
ses reprises des années 80. Puis Saule et les pleureurs passe entre les gouttes de pluis pour le plus grand bonheur de Sophie : « c’est la fête de l’art, des
stars, il y en a pour tout les goûts et comme c’est gratuit tout le monde est là ».
De la Bretagne à l’Algérie, seulement 2 km
Vient ensuite la controverse. « Voilà notre Ket’ » affirme tendrement une dame. Elle parle de Miossec qui entre en scène. Son mari lui répond « il est breton tu sais, pas bruxellois ». « Oui mais il vit là maintenant alors il est bruxellois». Malgré ses récents passages, le public de Bruxelles ne boude pas son plaisir de revoir le ténébreux bretxellois. On a coutume de dire le meilleur pour la fin. Ici il semble que le groupe belge Sharko ait les faveurs du public. Une jeune fille qui s’en va passe un coup de fil. Elle rassure sa copine qui travaillait « J’étais à la fête de la musique. Bof, à part Sharko qui assure le reste était un peu molasson ».
Deux kilomètres et six minutes à pieds plus tard, une fête haute en couleurs sur le parvis Saint-Jean-Baptiste à Molenbeek. Le groupe algérien Gnawa Diffusion met le feu aux poudres.
Solos endiablés de percussions, la derbouka donne le la. Mélange de reggae et de Gnawa, les morceaux très entêtants enivrent la foule. « Encore une chanson ? Vous avez du
stock ? Parce que nous on a encore du stock » invite le chanteur. On repart pour un tour. « J’aimerais être un fauteuil dans un salon de coiffure pour dame, pour que les
fesses des belles âmes s’écrasent contre mon orgueil ». Il dédie le bouquet « à tous les exilés qui sont là ce soir, tous ceux qui ont choisi de vivre ici, à tous les enfants
du quartier et vive cette fête ». Fin de la journée, pleine de couleurs, de sons et de rencontres différentes. Dimanche, la Belgique remettait ça. Cantonnée au 21 juin ailleurs, ici on
aime faire durer le plaisir.
photo: droits réservés
Petit jean serré, chaussures noires vernies, regard Ray Ban, Jamel, l’artiste entre en scène. Ou plutôt non, il partage la table d’Olivier Monssens pour l’émission Al dente de Betv. Et à cette table, la spontanéité est de mise. L’humoriste n’a pas à forcer sa nature de « tutoyeur invétéré», il donne du « salut tu vas bien, c’est classe ici ». La classe, c’est lui et ses pompes vernies. Les gens du restaurant semblent plus médusés par sa présence que par celle des gambas de leur assiette. Jamel souffle le chaud et le froid. Il harangue le serveur « vous avez un tablier mais il n’est pas sale, enfin vous êtes très élégant ». Le premier plat ne tarde pas à faire son apparition « C’est une œuvre d’art, c’était bien une entrée on est d’accord ? » s’interroge-t-il, bluffé par la créativité du chef. Généreux, l’humoriste convie tout le monde à la fête. Soudain, sanguin, il se lève et se rapproche de sa pulpeuse voisine de table, cocktail à la main « Vous savez si c’est du soja ? », l’interpelle-t-il avec un brin de charme. Les Ray Ban tombées, on profite de ces pupilles qui pétillent, malgré, l’avoue-t-il, une nuit sans sommeil.
Jamel a dans son regard la lumière des gens heureux et généreux. Comme Coluche, avec qui il passerait bien du temps sur une île, question île flottante pour les fans de l’émission.
Pas le seul sur cette liste. Il l’accompagne de Barry White, James Brown, Jacques Massadian et… Molière. Ça sent l’homme de planches. Coupé, petit flash back deux heures avant.
Recette d'une bonne émission
Ebullition sereine dans un restaurant de Woluwé-Saint-Pierre. Décor moderne, design, un lieu cosy avec ses fauteuils clubs. Au rez-de-chaussée on déguste. A l’étage, tout se met en place.
L’équipe technique et la production d’Al Dente sont sur le grill pour que la mayonnaise prenne comme il faut. L’émission est dans sa troisième saison, l’équipe rôdée, 10 personnes pour le
tournage, les producteurs, 5 au montage et Olivier Monssens hôte d’un repas. 30 minutes pour installer la technique : quatre caméras, des fils partout, un écran de contrôle au premier.
Pendant la rencontre, la productrice Cathy Watt-Mathe scripte en live. Il faut aller vite, l’émission est pour dans deux jours. Le montage sera fait dans la soirée et le lendemain, les nuits ne
seront pas de trop… Yvan Homez, réalisateur et concepteur de l’émission, Olivier et Geoffroy, monteur, se retrouvent face aux 1h15 de prise. Trouver la substantifique moelle, une premier écrémage
pour ne retenir que 30 minutes. Puis l’affinage donne naissance à l’émission de 26 mn.
Courte ellipse, « on n’est pas dans la fanfaronnade ici » se réjouit le saltimbanque habitué des coups d’éclats télévisuels. Le présentateur de la RTBF a dû
quelque peu écoper une heure plus tôt paraît-il. Ici le ton est confident, chaleureux : célébrité, politique, drogue, séduction, argent… Tous les sujets y passent. Plutôt sérieux finalement,
même si Jamel reste Jamel : il ne peut s’empêcher de provoquer, de séduire.
L’humoriste se lève, se plie au jeu des photos. Puis reprends sa route. Fin de l’histoire. Pas tout à fait. Sur le chemin il s’arrête sur le tiramisu d’un client du restaurant.
« Ca a l’air bon » lâche-t-il. « Vas-y » lui répond l’autre. Ne jamais provoquer l’humoriste en vadrouille. Il sourit, emporte le plat et disparaît dans la
rue.
photo: droits réservés
Le lion sur la trace des springboks. Dix ans après sa création, la comédie musicale Le Roi Lion retrouve ses racines zouloues. Elle bivouaque à Johannesburg avec une troupe 100% sud-africaine. Sur les terres d’origine de sa chanson la plus célèbre Le lion est mort ce soir et de son auteur que l’histoire a rangé au placard.
Jeune mineur, Salomon Linda écrit Mbube, lion en zoulou, en 1939. La chanson emprunte un style a cappella inventé par les mineurs zoulous vers 1900. Linda et son groupe, The Evening
Birds, décident d’en faire un disque. Le succès est au coin de la rue. Sa célébrité est telle que la chanson donne son nom à un style de musique a cappella africaine. Malgré les disques vendus et
la popularité dont jouit ce qui deviendra Le lion est mort ce soir, son auteur reste sans le sou.
Plaie d’argent n’est pas mortelle. Et pourtant, face à un besoin pressant, Salomon Linda vend le copyright mondial de sa pépite à une entreprise de Johannesburg pour la somme astronomique de… 10
shillings. Une bouchée de pain quand on sait que très rapidement la pépite se transforme en joyau. Cent soixante-quinze enregistrements du titre plus tard, George David Weiss réécrit les paroles
pour Le Roi Lion de Disney et l’inscrit comme une composition nouvelle. La famille de Linda estime alors avoir droit à sa part du gâteau. Un premier jugement en 1989 leur refuse. Face à leur
obstination, un accord financier au montant secret est conclu entre les deux parties en 2006.
«Très heureux que le spectacle soit donné en Afrique du Sud», les descendants du mineur ont assisté le 6 juin à la première de cette comédie musicale majeure. Pas moins de 35 millions de
spectateurs ont déjà pu vibrer aux rythmes d’Hakuna Matata à travers le monde. Mise en scène par Julie Taylor, la troupe de 54 Sud-Africains, donne toute sa voix à l’Afrique avec ses
chœurs zoulous et les chants de Lebo M. Plus de rage, plus de carnage, le roi des animaux est mort et ses lionceaux se partagent la gazelle.
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